Les algues alimentaires et les contaminants chimiques, où en est-on ?

Pour pouvoir mettre sur le marché des produits alimentaires, les exploitants doivent respecter un certain nombre de règles permettant d’assurer la sécurité sanitaire des produits. Cette sécurité sanitaire passe par la maîtrise des risques physiques, microbiologiques, allergènes mais aussi chimiques tout au long de la chaîne de production.

Ó Œil de Paco 2023- ACT FOOD Bretagne

De manière générale, l’étude HACCP (Hazard Analysis Critical Control Point) permet, grâce à l’étape d’analyse des dangers, d’identifier les dangers, de déterminer leur fréquence d’apparition et la gravité qu’ils représentent afin de sélectionner les mesures de maîtrise les plus adaptées pour éliminer ou réduire le danger à un niveau acceptable. Mais une question subsiste, comment déterminer ce niveau acceptable ? La règlementation est un premier élément à prendre en compte. Si l’on considère les dangers chimiques, cette réglementation est en constante évolution !

Le règlement de référence pour les dangers chimiques était jusqu’à présent le règlement (CE) 1881/2006 portant fixation de teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires. Comme son nom l’indique, il met en place des teneurs maximales pour des contaminants tels que les mycotoxines, les métaux lourds… Ce règlement a été abrogé en 2023 et remplacé par le règlement (UE) 2023/915 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires. S’agit-il pour autant d’une révolution ? Ce nouveau texte ne change pas les grands principes, une teneur maximale est associée à des catégories de produits et à un contaminant. Un produit cité dans le règlement qui dépasse la teneur maximale qui lui est associé ne peut être mis sur le marché. Alors pourquoi un nouveau texte ? En premier lieu, pour rendre la lecture plus facile en incluant les notes de bas de page directement dans les tableaux des teneurs maximales. Ainsi, les remarques, spécifiant par exemple sur quelle partie de l’aliment la teneur s’applique, sont directement accessibles. Un second travail a aussi été effectué sur la classification des dangers et les vocabulaires utilisés pour décrire les catégories de produit.

Et les algues dans tout ça ?

Celles-ci sont présentes dans le règlement (UE) 2023/915 mais lorsqu’elles sont utilisées dans des compléments alimentaires. Dans ce cadre, des teneurs maximales sont établies pour le cadmium, les alcaloïdes pyrrolizidiniques et les HAP. Pour les algues non intégrées à un complément alimentaire, le règlement ne fixe pas de teneurs maximales. Pour autant, en France, des recommandations fournissent des informations sur les niveaux à ne pas dépasser dans les algues en tant qu’aliment. La première référence est l’avis du CSHPF de 1990 concernant la demande d’autorisation d’algues en alimentation humaine. Bien que relativement ancien, cet avis donne des teneurs maximales en mg/kg de poids sec pour notamment le plomb, l’étain, le mercure, l’arsenic, l’iode et le cadmium. Cependant, concernant l’iode et le cadmium des recommandations plus récentes sont à privilégier. Ainsi, l’avis de l’ANSES relatif au risque d’excès d’apport en iode lié à la consommation d’algues dans les denrées alimentaires (saisine n°2017-SA-0086) apporte des éléments sur les apports en iode à ne pas dépasser. Pour le cadmium, l’avis de l’ANSES relatif « à la teneur maximale en cadmium pour les algues destinées à l’alimentation humaine » (saisine n°2017-SA-0070) préconise de ne pas dépasser 0,35mg/kg de matières sèches en cadmium dans les algues.

Et demain ?

La consommation croissante d’algues implique sa prise en compte par le législateur comme une catégorie d’aliment à part entière. La Commission européenne souhaite donc intégrer les algues comme une catégorie d’aliment du règlement (UE) 2023/915. Il y aura donc des teneurs maximales officielles et européennes qui pourront s’appliquer. Si vous mettez sur le marché des algues alimentaires, une seule chose à faire, rester en veille sur la publication de ces nouvelles teneurs maximales pour assurer la sécurité et la conformité de vos produits.

Avis du CEVA

A l’époque de la saisine sur le cadmium (n° 2017-SA-0070), le CEVA avait réagi sur cette nouvelle proposition de seuil.https://blog.ceva-algues.com/le-ceva-reagit-a-lavis-de-lanses-sur-la-teneur-maximale-en-cadmium-dans-les-algues-alimentaires/

Dans cet avis publié le 21 juillet 2020, l’ANSES recommande de limiter la concentration en cadmium dans les algues à 0.35 mg/kg de matière sèche afin de permettre que la population consommatrice d’algues ne dépasse pas la Dose Journalière Tolérable (DJT) du cadmium dans 95% des cas. Ce seuil recommandé de 0.35 mg/kg reviendrait, de fait, à interdire la consommation de certaines espèces (locales comme importées) même lorsqu’elles sont consommées traditionnellement en Asie depuis des siècles et que leurs intérêts nutritionnels sont largement reconnus.

Pour le CEVA, il semble important de souligner que les algues ne sont qu’un contributeur parmi d’autres en ce qui concerne les métaux lourds de notre alimentation. Cet avis, fondé sur le principe de précaution, mais basé sur des jeux de données encore insuffisants, mériterait d’être modulé en fonction des algues et de leurs modalités de consommation réelles dans le cadre d’une alimentation diversifiée.

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